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Car, nous l’avons dit, les directives anticipées ne se fabriquent pas d’un jet : pour diminuer les risques de rechute et anticiper désormais les crises, il faut de la part du malade la patience d’ouvrir un chantier d’étude où il pourra commencer un travail progressif de construction sur son avenir.

Désir et volonté de changement, patience et collaboration, ainsi que travail (de collaboration), autant de caractéristiques importantes que le patient devrait avoir à l’esprit avant d’envisager de diminuer ses risques de rechute dans ses directives anticipées.

6. L’intégration familiale et sociale

Pour clore cette brève étude sur les principaux enjeux que comporte la rédaction de directives anticipées en psychiatrie, il nous apparaît important de dire quelques mots sur d’autres besoins fondamentaux dont parle Abraham Maslow dans sa pyramide, et que le patient peut être amené à prendre en considération dans la mise en place de ses volontés. Nous voulons parler notamment du besoin d’appartenance, familiale et sociale, puis conséquemment du besoin d’estime des autres et, plus loin, du besoin d’estime du soi.

Nous pensons que si ces besoins peuvent être pris en considération dans des directives anticipées, c’est bien, comme il est à supposer, parce que l’être humain ne peut vivre en solitaire mais qu’il est, au contraire, fondamentalement un individu social. Issu d’une famille où il est appelé à trouver une place, ainsi que l’estime des autres, il est également destiné à vivre dans une société où il a droit de travailler ainsi que de pouvoir aimer et être aimé.

Si ces besoins fondamentaux d’appartenance, de reconnaissance ou d’estime des autres ne sont pas, la plupart du temps spécifiquement abordés dans l’élaboration de directives anticipées, c’est peut-être par manque de temps, de considération de la vie psychique du patient, ou d’inconscience des lacunes et des besoins qui jalonnent et déséquilibrent l’existence du malade. Cependant, il est bon, voire nécessaire, qu’un patient puisse se doter des moyens de garantir dans son existence la satisfaction de ces besoins de l’être. Faute de quoi, il court le risque de connaître manques et frustrations psychologiques qui, à la longue, peuvent entraîner ou alourdir des carences mentales ou des troubles psychologiques importants.

Ainsi, nous pensons qu’il est bon, dans l’élaboration des directives, qu’un patient puisse également porter une analyse d’ensemble sur sa situation familiale et sociale d’appartenance et d’estime, et ainsi faire le point sur une éventuelle non satisfaction de ses besoins. Nous savons par ailleurs que les patients psychiques sont les personnes les plus touchées par le repli et l’exclusion familiale et sociale.

Nous pensons ainsi que les directives anticipées peuvent aider patient comme soignant à mettre sur pied des stratégies de contact et d’assimilation, familiales ou sociales, des ponts d’intégration, au même titre qu’à poser des bases de réflexion pour pallier, si besoin se faisait sentir, aux manques éventuels découverts dans le domaine des besoins d’appartenance et d’estime.

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