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Comme nous l’avons évoqué, le malade psychique qui entreprend des directives anticipées de la façon dont nous le proposons ci-dessus, -c’est-à-dire en collaboration avec le corps médical, en visitant son historique, en portant un regard sincère sur son existence et en projetant des velléités de changement pour son avenir-, un tel patient accroît ses chances de se connaître et de s’accepter soi-même tout en garantissant pour lui une plus grande expression de sa liberté et de sa volonté éclairée.

Dans cette dynamique, le patient aura donc reconnu les pièges et les embûches qui au long de son passé lui ont causé du tort, dommages et chutes, l’amenant à des crises dont souvent il s’est vu comme victime mais parfois aussi comme auteur. Nous pensons par exemple aux tentations auxquelles le patient peut éviter de succomber, connaissant ses faiblesses et acceptant désormais sa condition : drogues, abus d’alcool, insomnies ou rythme de sommeil saccadé voire non respecté, lacunes au niveau de ses besoins fondamentaux qui pourraient l’amener à un déséquilibre psychique, arrêt de ses médicaments, situation de stress ou de burned-out au travail ou en famille, solitude trop grande, manque de suivi médical, etc.

Idéalement, la rédaction des directives anticipées en psychiatrie s’opère parallèlement à une longue maturation pour le patient où celui-ci se forme progressivement à une prise de conscience, et change petit à petit d’optique sur lui-même, passant de l’inconscience de ce qu’il était à un état de prudence. C’est ainsi, par ce processus de maturation, qu’il va également prendre conscience de la nécessité pour lui-même de diminuer dans sa vie les obstacles possibles qui se présenteraient encore à sa santé.

De plus, le patient, grâce à cette maturation, va prendre conscience de l’importance de chasser de sa vie la souffrance qui s’y était installée sous forme de maladie. Cette souffrance l’affectait ou l’affecte encore, lui-même, son (ou sa) partenaire et ses enfants, s’il en a, ainsi que son entourage familial autant que la société qui porte en elle un individu malade en son sein.

C’est dans cette maturation psychique, mentale, émotionnelle et intellectuelle que va surgir pour le patient un besoin de ne plus souffrir, c’est-à-dire un besoin fondamental de faire que sa vie soit le pus dénuée possible de maladie et d’inconfort.

Pour atteindre ce but, le patient va alors mettre en place des moyens de contrecarrer les risques qu’il aura reconnus comme récurrents dans son histoire personnelle.

Comme nous l’avons vu, il a pu, dans la visite de son passé, reconnaître ses spécificités propres et s’être rapproché un tant soit peu de sa propre vérité en matière de ce qui le faisait rechuter ou souffrir. Sans aller jusqu’à dire que les directives anticipées diminuent tous les risques de rechute d’un jet de pierre, nous pensons qu’elles ouvrent un chantier de réflexion et d’expérimentation, où le patient, aidé par le soignant, peut s’engager à diminuer les risques de rechute en mettant en place intelligemment les moyens thérapeutiques qu’il aura trouvés.

Une dernière remarque sur cette diminution des risques et cette manière de prévenir la rechute : nous sommes d’avis qu’en ce qui concerne les directives anticipées, l’engagement total du patient requiert une grande part de « vouloir » de sa part. En effet, bien que les directives anticipées soient en elles-mêmes, comme nous l’avons souligné, tout un processus de maturation pour el patient, nous pensons que le patient qui serait amené à en rédiger pour lui, devrait réellement sentir de l’intérieur un désir puissant de changement, une sorte de volonté de s’en sortir, et de changer de situation de vie.

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